Délinquance enregistrée : comment lire les chiffres officiels
Mis à jour le 23 octobre 2026
Le service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI) publie chaque année, commune par commune, le nombre de crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie. La base de juillet 2026 couvre 2016 à 2025 et comprend les 500 villes et arrondissements de ce site. Ces chiffres servent souvent d’argument. Ils mesurent moins qu’on ne le croit, et ils se lisent avec des précautions précises.
Le site n’affiche pas ces indicateurs sur ses fiches et ne classe aucune ville. Ce guide explique comment les lire, avec des chiffres calculés sur les 500 territoires.
Ce que la base compte
La source est l’« état 4001 », un décompte administratif mensuel des crimes et délits constatés pour la première fois par la police et la gendarmerie, puis transmis à la justice. Les contraventions et les infractions routières n’en font pas partie. L’état compte 107 catégories ; la base communale en retient quinze.
Un fait entre dans la base à la suite d’une plainte, d’un signalement, d’un témoignage, d’un flagrant délit ou de l’initiative des services eux-mêmes. La justice peut le requalifier ensuite. Les faits sont rattachés au lieu où ils ont été commis, pas au domicile des personnes concernées. Trois conséquences :
- On lit « faits enregistrés », jamais « faits commis ». Un fait qui n’arrive pas jusqu’aux forces de l’ordre n’existe pas dans la base.
- Une hausse peut venir d’un meilleur signalement ou d’une activité accrue des services. Pour les stupéfiants, où les faits peuvent naître de l’initiative des services, elle peut refléter plus de contrôles et non plus de consommation ni de trafic.
- Le lieu des faits n’est pas le lieu de vie des victimes. Une commune de passage, un centre commercial ou un quartier de gare enregistrent des faits dont les victimes n’habitent pas la commune.
Quinze indicateurs, cinq unités de compte
La base ne compte pas partout la même chose. Selon l’indicateur, l’unité est l’infraction, la victime, la victime entendue, la personne mise en cause ou le véhicule. La page de présentation de la base déconseille d’additionner des indicateurs d’unités différentes : un total « de la délinquance » n’a pas de sens.
| Indicateur | Ce qui est compté | Taux calculé pour |
|---|---|---|
| Cambriolages de logement | infractions | 1 000 logements |
| Destructions et dégradations volontaires | infractions | 1 000 habitants |
| Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement | victimes | 1 000 habitants |
| Trafic de stupéfiants | personnes mises en cause | 1 000 habitants |
| Usage de stupéfiants | personnes mises en cause | 1 000 habitants |
| Usage de stupéfiants sanctionné par une amende forfaitaire délictuelle (AFD) | personnes mises en cause | 1 000 habitants |
| Violences physiques hors cadre familial | victimes | 1 000 habitants |
| Violences physiques intrafamiliales | victimes | 1 000 habitants |
| Violences sexuelles | victimes | 1 000 habitants |
| Vols avec armes | infractions | 1 000 habitants |
| Vols d'accessoires sur véhicules | véhicules | 1 000 habitants |
| Vols dans les véhicules | véhicules | 1 000 habitants |
| Vols de véhicule | véhicules | 1 000 habitants |
| Vols sans violence contre des personnes | victimes entendues | 1 000 habitants |
| Vols violents sans arme | infractions | 1 000 habitants |
Les taux sont donnés pour 1 000 habitants, sauf les cambriolages de logement, rapportés à 1 000 logements. Les habitants et les logements viennent de l’Insee (recensement 2023 pour les habitants, 2022 pour les logements). À Bordeaux en 2025, par exemple : 1 159 cambriolages de logement pour 168 458 logements, soit 6,9 pour 1 000 logements ; 760 victimes de violences sexuelles pour 267 991 habitants, soit 2,8 pour 1 000 habitants. Ce second taux ne dit pas que 2,8 habitants sur 1 000 ont subi une violence sexuelle : il rapporte les victimes enregistrées dans la commune à sa population résidente, sans savoir où elles habitent.
Un taux n’est pas un risque
Le dénominateur compte les résidents. Les faits, eux, se produisent là où les gens passent, travaillent, sortent et achètent. Sur les 500 territoires du site, la taille de la commune pèse très différemment selon le type de fait.
Pour les vols sans violence contre des personnes, la médiane des 18 plus grandes communes est 2,1 fois celle des communes de moins de 30 000 habitants. Pour les cambriolages de logement, l’écart est de 10 % ; pour les violences physiques intrafamiliales, de 2 %. Une même ville n’a donc pas un « niveau de délinquance » unique : elle a quinze chiffres qui se comportent chacun à leur manière.
À type de fait identique, l’éventail reste large. En 2025, les cambriolages de logement vont de 3,0 à 9,0 pour 1 000 logements pour les neuf dixièmes des territoires, avec une médiane de 5,7. Ces écarts mêlent le nombre réel de faits, la propension à porter plainte, l’activité des services et la fréquentation de la commune. Ils décrivent des communes, pas la sécurité d’un habitant.
Quand une valeur manque
Le ministère protège le secret statistique : les données communales sont limitées aux communes où « plus de 5 faits ont été enregistrés pendant 3 années successives ». Sur les 500 territoires du site, 10 indicateurs sur quinze sont publiés en 2025 pour au moins 499 d’entre eux. Les autres le sont moins : 99 % des territoires pour les vols d’accessoires sur véhicules, 99 % pour l’usage de stupéfiants sanctionné par amende, 94 % pour les vols violents sans arme, 87 % pour le trafic de stupéfiants et 35 % seulement pour les vols avec armes (174 territoires sur 500).
Une valeur absente ne se lit pas comme un zéro : elle indique que la règle ci-dessus n’est pas remplie. Comparer deux villes sur les vols avec armes n’est possible que lorsque les deux valeurs sont publiées, ce qui exclut près de deux territoires sur trois.
De petits nombres, des chiffres instables
Un taux calculé sur quelques dizaines de faits bouge fortement d’une année à l’autre sans que rien ne change. Le graphique donne, pour chaque indicateur, la variation médiane du taux entre 2024 et 2025, sur les territoires où les deux années sont publiées.
Pour les vols sans violence contre des personnes (346 faits en médiane par territoire), le taux varie de 8,6 % en un an, et 8 % des territoires varient de plus d’un quart. Pour les vols violents sans arme (35 faits), la variation médiane est de 21,1 % et 42 % des territoires dépassent le quart. Pour le trafic de stupéfiants (40 faits), elle est de 23,1 % et 47 %.
Le nombre de faits n’explique pas tout : l’usage de stupéfiants sanctionné par amende (131 faits) varie de 24,0 %, et les vols dans les véhicules (157 faits) de 21,5 %. N’en tirez aucune tendance d’une seule année. Sur un indicateur de moins de cent faits, regardez trois années, et le nombre brut avant le taux.
Ruptures de série et corrections
La base évolue, et ses changements limitent les comparaisons dans le temps :
- Mars 2025. Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement sont ajoutées à l’échelle communale, avec l’indicateur d’usage de stupéfiants sanctionné par amende.
- Juillet 2025. L’indicateur « coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus » est remplacé par deux indicateurs : les violences physiques intrafamiliales et les violences physiques hors cadre familial.
- Juin 2022. Le ministère a corrigé des taux départementaux de Paris, du Rhône et des Bouches-du-Rhône : les populations de Paris, de Lyon et de Marseille étaient comptées deux fois, au niveau de la commune et à celui des arrondissements. N’additionnez jamais une commune et ses arrondissements (pourquoi).
La géographie communale est remise à jour chaque 1er janvier : pour une série longue, lisez aussi le guide sur les fusions de communes. Avant toute comparaison entre deux années, consultez le journal des modifications de la base. Pour lire les séries sur dix ans, voir Délinquance enregistrée, 2016-2025 : comment lire l’évolution.
Une méthode en cinq questions
- Quelle unité ? Infraction, victime, mis en cause ou véhicule, et pour quel dénominateur.
- Combien de faits en valeur brute ? Sous quelques dizaines, ne comparez pas.
- Sur combien d’années ? Trois valent mieux qu’une.
- Avec quelles communes comparer ? Des communes de taille et de fonction voisines, pas la France entière : voir comparer deux villes en six étapes.
- Qu’est-ce qui produit le fait enregistré ? Une plainte, un signalement, un contrôle. Un chiffre qui monte est d’abord une question avant d’être une réponse.
Limites de ce guide
Les calculs portent sur les 500 territoires du site (455 communes et 45 arrondissements, de 15 000 à 515 000 habitants), avec les seules valeurs publiées. Le graphique par taille laisse de côté les arrondissements et classe les communes selon la population de leurs fiches. Les médianes décrivent ce groupe de villes, pas la France entière. Aucune cause n’est établie, et la base ne mesure pas les faits qui n’ont pas été portés à la connaissance des services.
Sources
- Ministère de l’Intérieur (SSMSI), Bases statistiques communale, départementale et régionale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales, Licence Ouverte 2.0, mise à jour du 9 juillet 2026, fichier communal.
- Calculs du site : territoires du site, valeurs publiées de 2024 et 2025.
Ce qu’il faut retenir
La base communale du ministère de l’Intérieur compte des faits enregistrés, non des faits commis, avec cinq unités qui ne s’additionnent pas. Un taux pour 1 000 habitants dépend du type de fait, de la taille et de la fréquentation de la commune ; il bouge beaucoup d’une année à l’autre quand les faits sont peu nombreux ; il manque quand le secret statistique s’applique. Il ne dit ni ce qu’une ville a de dangereux, ni pourquoi des habitants la quittent. Pour les départs des grandes villes, voir ce que l’Insee mesure et ne mesure pas.