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Délinquance enregistrée, 2016-2025 : comment lire l'évolution

Mis à jour le 23 octobre 2026

Entre 2016 et 2025, les faits enregistrés par la police et la gendarmerie ne bougent pas tous dans le même sens. Les vols de biens reculent, les violences, les escroqueries et les stupéfiants progressent. Ce guide lit la base communale du ministère de l’Intérieur sur dix ans pour les 500 territoires du site. Il explique comment le faire sans se tromper, et ce que ces séries ne disent pas. Pour ce que la base compte et pour les unités de chaque indicateur, commencez par le guide Délinquance enregistrée : comment lire les chiffres officiels.

La méthode : un panel fixe et des médianes

Pour chaque indicateur, le calcul garde les territoires dont la valeur est publiée les dix années, avec au moins un fait chaque année. La composition ne change donc pas d’une année à l’autre. On suit la médiane de leurs taux pour 1 000 habitants (pour 1 000 logements pour les cambriolages) : le territoire du milieu, pas le total de la France.

Les panels comptent entre 461 et 500 territoires, sauf le trafic de stupéfiants (360) et les vols avec armes (138), dont la valeur est souvent masquée par le secret statistique.

Deux familles, deux sens

hausse baisse variation du taux médian, 2016 → 2025 −50 % 0 % +50 % +100 % Violences sexuelles 492 territoires +132 % Violences intrafamiliales 500 territoires +87 % Escroqueries, fraudes (paiement) 500 territoires +60 % Usage de stupéfiants 498 territoires +54 % Trafic de stupéfiants 360 territoires +45 % Violences hors cadre familial 500 territoires +23 % Vols sans violence (personnes) 500 territoires −10 % Destructions, dégradations 500 territoires −18 % Vols d'accessoires (véhicules) 491 territoires −19 % Vols dans les véhicules 499 territoires −30 % Cambriolages de logement 500 territoires −30 % Vols avec armes 138 territoires −32 % Vols de véhicule 499 territoires −36 % Vols violents sans arme 461 territoires −51 %
Variation du taux médian de faits enregistrés entre 2016 et 2025, panel fixe de territoires par indicateur. SSMSI, calculs du site.

Les vols de biens reculent : de −51 % pour les vols violents sans arme, −36 % pour les vols de véhicule, −30 % pour les cambriolages de logement et −30 % pour les vols dans les véhicules. Les violences, les escroqueries et les stupéfiants montent : +132 % pour les violences sexuelles, +87 % pour les violences intrafamiliales, +60 % pour les escroqueries, +54 % pour l’usage de stupéfiants et +23 % pour les violences hors cadre familial. Le trafic de stupéfiants (+45 %) et les vols avec armes (−32 %) reposent sur des panels réduits.

Le mouvement est général. Le taux de violences sexuelles de 2025 dépasse celui de 2016 dans plus de 99 % des territoires du panel, celui des violences intrafamiliales aussi, celui des escroqueries dans 95 %. À l’inverse, 89 % des territoires ont un taux de vols de véhicule plus bas qu’en 2016, et 80 % un taux de cambriolages plus bas. Un mouvement presque identique d’un territoire à l’autre a rarement une cause locale : il renvoie à ce qui change partout, comme les comportements, les règles d’enregistrement ou les moyens de signalement.

Ce que la hausse ne dit pas

La base compte des faits enregistrés. Une hausse peut venir de plus de faits, de plus de signalements ou d’un enregistrement plus complet, et les trois peuvent se combiner. La base ne donne pas la part de chacun : « plus de victimes enregistrées » ne répond pas à « plus de victimes ». Les violences sexuelles et intrafamiliales, dont la hausse est la plus forte, demandent la même prudence que les autres.

Les stupéfiants montrent un autre piège. L’usage enregistré passe d’un taux médian de 3,4 pour 1 000 habitants en 2016 à 5,3 en 2025. Mais l’indicateur « usage de stupéfiants sanctionné par une amende forfaitaire délictuelle » est nul dans la base jusqu’en 2019, puis apparaît : son taux médian passe de 0,6 en 2020 à 2,0 en 2021 et 3,6 en 2025. Entre 2020 et 2021, l’usage enregistré passe de 2,9 à 4,1 : les deux séries montent ensemble. Un nouveau mode de sanction peut faire entrer davantage de faits dans la base : la hausse ne se lit pas comme une mesure de la consommation.

2020 et 2021 : des années à part

restrictions sanitaires 50 100 150 200 250 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 taux médian, indice 100 = 2016 Violences sexuelles Violences intrafamiliales Usage de stupéfiants Cambriolages de logement Vols de véhicule
Taux médian en indice, base 100 en 2016, pour cinq indicateurs (panel fixe). Trait plein : indicateurs en hausse ; pointillés : indicateurs en baisse. SSMSI, calculs du site.

Entre 2019 et 2020, le taux médian recule de 9 à 19 % pour 10 indicateurs sur 14 : les vols de biens, les destructions, l’usage et le trafic de stupéfiants, les violences hors cadre familial. Les violences intrafamiliales (+6 %) et les escroqueries (−1 %) résistent. Les restrictions sanitaires ont modifié la vie dehors, donc les occasions de vol et de contrôle. Prendre 2020 ou 2021 comme année de départ transforme toute reprise en hausse.

Le choix de l’année de départ peut même changer le signe. Les vols d’accessoires sur véhicules sont −19 % depuis 2016 et +7 % depuis 2019 : ils ont baissé jusqu’en 2020, puis remonté. Le tableau donne les trois variations pour chaque indicateur.

Indicateur2016 → 20252019 → 20252019 → 2020
Violences sexuelles+132 %+65 %−3 %
Violences physiques intrafamiliales+87 %+53 %+6 %
Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement+60 %+38 %−1 %
Usage de stupéfiants+54 %+54 %−15 %
Trafic de stupéfiants+45 %+20 %−9 %
Violences physiques hors cadre familial+23 %+10 %−10 %
Vols sans violence contre des personnes−10 %−4 %−19 %
Destructions et dégradations volontaires−18 %−15 %−16 %
Vols d'accessoires sur véhicules−19 %+7 %−16 %
Vols dans les véhicules−30 %−23 %−15 %
Cambriolages de logement−30 %−20 %−19 %
Vols avec armes−32 %−6 %+0 %
Vols de véhicule−36 %−21 %−12 %
Vols violents sans arme−51 %−36 %−15 %

Les ruptures de la base

Les définitions de la base ont changé, ce qui limite la comparaison entre les deux extrémités d’une série :

  • 2020. L’indicateur d’usage de stupéfiants sanctionné par amende forfaitaire n’existe qu’à partir de cette année dans la base, avec une valeur nulle avant.
  • Mars 2025. Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement sont ajoutées à l’échelle communale.
  • Juillet 2025. L’indicateur « coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus » est remplacé par les violences physiques intrafamiliales et les violences physiques hors cadre familial.

Ces indicateurs figurent dans le fichier de 2016 à 2025, mais leur définition a été remaniée : lisez le journal des modifications de la base avant de comparer ses deux bouts. Autre limite : les taux utilisent des populations de recensement, qui ne suivent pas exactement la population réelle d’une année à l’autre.

Comment parler d’une évolution

  1. Dire « enregistrés », pas « commis ».
  2. Écrire l’année de départ et la justifier. Testez 2016 et 2019 : si le signe change, dites-le.
  3. Éviter 2020 et 2021 comme base de comparaison.
  4. Préférer un groupe de territoires, avec une médiane, à une commune isolée, dont le taux varie en moyenne de 9 à 24 % d’une année à l’autre selon l’indicateur (pourquoi).
  5. Chercher les ruptures entre les deux années comparées : une définition qui change fabrique une tendance.
  6. S’arrêter avant la cause. La base décrit des faits enregistrés ; elle n’explique ni une hausse ni une baisse.

Limites de ce guide

Les calculs portent sur les 500 territoires du site (455 communes et 45 arrondissements), avec les seules valeurs publiées, et décrivent la médiane de ce groupe de villes, pas le total de la France. Un panel fixe écarte les territoires dont une année est masquée : il sous-représente les petits effectifs. Ces séries ne mesurent ni le sentiment d’insécurité ni les raisons de déménager ; sur ce dernier point, voir ce que l’Insee mesure et ne mesure pas.

Sources

Ce qu’il faut retenir

En dix ans, le taux médian des 500 territoires baisse pour les vols de biens et monte pour les violences, les escroqueries et les stupéfiants, presque partout. Ces séries décrivent des faits enregistrés : elles mêlent faits, signalements, règles d’enregistrement et modes de sanction. Elles dépendent de l’année de départ, et 2020-2021 est une période à part. Elles disent ce qui a changé dans la base, pas pourquoi.

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